Environnement : Organismes Génétiquement Modifiés (OGM)

par Chassaigne André

Monsieur le Président, Monsieur le Ministre d’État, Madame la Secrétaire d’État, Chers Collègues.

Je voudrais en premier lieu saluer ici la présence massive et retrouvée des députés de la majorité pour ce vote décisif sur la grande question des OGM.

Et comme je sais que les députés de l’opposition sont convaincus, comme je le suis, que ce texte est mauvais, convaincus qu’il faut le rejeter, je m’adresserai plutôt aux députés d’en face qui ne seront aujourd’hui, je n’en doute pas, ni des petits soldats marchant aux ordres, ni des adeptes d’un centralisme dit démocratique que d’autres ont depuis longtemps abandonné.

Quant à ceux d’entre vous, chers collègues, qui s’égareraient dans quelques minutes à voter cependant ce texte, vos concitoyens seront reconnaissants d’apprendre qu’ils pourront, grâce à vous, continuer à consommer des produits sans OGM qui sont en fait des OGM, continuer à avaler des denrées génétiquement modifiées… sans le savoir, à l’image du Bourgeois Gentilhomme faisant de la prose.

Je les engage à préparer, pour les coupures de rubans tricolores de cette fin de semaine, des discours lénifiants sur leur indépendance d’esprit, qu’ils pourront étayer de citations tirées par exemple des Fourberies de Scapin.

Ceux qui voteront ce texte pourront aussi, cet été, se rendre avec beaucoup de fierté dans les comices agricoles de leur circonscription ou de leur lieu de vacances, sous les banderoles des semenciers et devant les trophées  offerts par les distributeurs et les compagnies d’assurance. Ils appelleront, avec des trémolos dans la voix, les agriculteurs de France à produire dans la modernité. Sans oublier bien sûr de leur expliquer que ce seront eux, les agriculteurs, qui seront seuls responsables des inévitables contaminations grâce à cette superbe loi républicaine qui épargne les firmes semencières et les distributeurs de toute responsabilité dans la dissémination d’OGM.

Ceux qui voteront ce texte tout en étant mobilisés au sein des Parcs Naturels Régionaux diront quelle victoire ils ont remporté avec l’amendement du rapporteur permettant à ces parcs de devenir désormais des territoires sans OGM… avec cette condition si facile à remplir : que tous les agriculteurs du territoire concerné (ils diront bien « TOUS les agriculteurs ») soient d’accord avec cette interdiction.

Ceux qui voteront ce texte et serrent tant de mains sur les marchés du samedi matin pourront êtres fiers de dire aux producteurs fermiers, aux apiculteurs et aux consommateurs adeptes du bio qu’ils ont au final adopté avec bravoure l’amendement 252 malgré les injonctions du Premier Ministre. Ils en expliqueront la portée. Ils se livreront bien sûr à une explication précise du galimatias des deux phrases rajoutées par le Sénat et retenues par la Commission Mixte Paritaire. Ils concluront au final, je n’en doute pas, que les produits labellisés, AOC et bio pourront sans aucune difficulté être produits sans OGM.

Ceux qui voteront ce texte et fréquentent les bonnes tables feront appeler le chef à la fin du repas : en le félicitant, ils lui diront combien ils sont attachés à la gastronomie française et quelle est leur action pour qu’elle soit inscrite au patrimoine de l’UNESCO. Ils articuleront bien « UNESCO » (U.N.E.S.C.O) et non pas « Organisation Mondiale de Commerce » (O.M.C) ou Monsanto (M.O.N.S.A.N.T.O).

A moins que le maître de maison ne les ai salués avant les agapes en citant ces paroles de Victor Hugo dans la bouche de Ruy Blas :

 

«Bon appétit, Messieurs !

Ô ministres intègres !

Conseillers vertueux !

Voilà votre façon

De servir…»

Je vous épargnerai la fin de la citation…

Fort heureusement, ceux qui voteront ce projet de loi affirmeront très fort leur soutien à la «politique de civilisation» qui, selon, le Président de la République est «cette âme de la nouvelle Renaissance dont le monde a besoin». Mais ils oublieront bien sûr de se référer à Edgar Morin qui rappelait récemment qu’un des axes essentiels de cette politique de civilisation était «la revitalisation des campagnes, et donc la régression de l’agriculture industrialisée».

Et oui, Chers Collèges, votre vote sera douloureux.

Vous n’avez pu aujourd’hui vous éloigner de l’hémicycle. Il vous faut prendre vos responsabilités et c’est bien dur…

Au moment de voter, pour les quelques-uns d’entre vous que nous n’aurons pas convaincus, je conseille de penser, les yeux fermés, à cette belle phrase de Paul Claudel «Il ne faut pas comprendre. Il faut perdre connaissance».

Mais la plupart, j’en suis persuadé, vous ferez le choix d’écouter votre conscience en rejetant ce projet de loi.

Et alors, Chers Collègues, la tête haute et l’esprit libéré, vous reviendront ces mots de Montaigne : «La plus grande chose au monde, c’est de savoir être soi».